Depuis la deuxième décennie du XXIe siècle, les musées font l’acquisition de performances et d’œuvres performatives (performance-based artworks) sous des formes vivantes. Les premières sont issues de l’art performance des années 1970-1980 ; les deuxièmes, très fréquentes depuis la décennie 1990, procèdent de l’intégration de la performance aux autres médiums artistiques, telles la photographie, la vidéo, la sculpture, l’installation, que l’on qualifie alors de « performatives ».[1] En collectionnant ces œuvres, les musées s’engagent à les réactiver, c’est-à-dire à remettre en action leurs composantes performatives. Ce processus introduit de nouveaux modes de muséalisation des œuvres. La fortune critique des performance studies dans les années 2000 a encore élargi le champ du performatif en y intégrant des œuvres d’une pluralité d’horizons culturels et disciplinaires. Leur muséalisation pose des défis d’ordre épistémologique puisqu’elles dérogent des catégories, des découpages disciplinaires, des histoires des arts et des conceptions de l’artiste qui sous-tendent les collections muséales occidentales.
Je propose ici d’étudier l’acquisition d’une installation performative et programmatique, La bibliothèque architecturale samie de l’artiste sami norvégien Joar Nango. L’œuvre a été acquise en 2022 par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), le plus important musée d’art du pays, situé dans la capitale nationale, Ottawa. Complexe et ambitieuse, cette acquisition s’inscrit dans le plan stratégique adopté un an plus tôt par l’institution. Celui-ci vise la décolonisation et l’autochtonisation du MBAC, tant dans les orientations de sa programmation et de sa collection, qu’à travers ses méthodes de travail et sa gouvernance.