En 2008, au départ de Catherine Diverrès qui dirigeait alors le Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne (CCNRB) depuis 1993,[1] Boris Charmatz postule à sa succession avec un projet de Musée de la danse. Ce faisant, le chorégraphe renouvelle non seulement l’exercice de la lettre de candidature pour lui préférer la forme du manifeste,[2] mais il investit également sa place de directeur de manière inédite,[3] en dissociant son projet pour l’institution de sa personnalité artistique. Avec le Musée de la danse, Boris Charmatz s’engage sur des questions et des réflexions qui dépassent largement le périmètre de son propre travail pour interroger le rôle de l’institution chorégraphique dans ses missions de création et de transmission. Et c’est en mobilisant le modèle muséal qu’il entend bousculer les cadres existants et repenser les activités du Centre chorégraphique national au prisme des formats consacrés du musée (comme la visite, l’exposition ou la collection).
Considérant les questions soulevées dans le numéro de cette revue, le Musée de la danse constitue un cas de figure singulier particulièrement intéressant à analyser, dans la mesure où l’expérience ne consiste pas à faire entrer des performances dans un musée, mais à transformer l’institution chorégraphique en projet muséal. Si le Musée de la danse est d’abord une question qui s’adresse à l’art chorégraphique, les réponses qui y ont été apportées pendant ses dix années d’expérimentation méritent d’être examinées comme autant de grains à moudre qui viennent nourrir la réflexion sur les enjeux de la muséalisation de la performance. C’est ce que je propose de faire ici à l’appui de mon expérience professionnelle[4] et de mes recherches,[5] en organisant mon propos selon trois perspectives : celle de l’institution qui se trouve remise en jeu par les conventions du musée, celle des œuvres chorégraphiques qui se voient transformées en pièces de musée et celle de la danse qui rejoint les collections des biens culturels à sauvegarder.