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Considérant les questions soulevées par la muséalisation de la performance, le Musée de la danse élaboré par Boris Charmatz au Centre chorégraphique national de Rennes constitue un cas de figure singulier, particulièrement intéressant à analyser dans la mesure où l’expérience ne consiste pas à ‘faire entrer’ des performances dans un musée, mais à transformer l’institution chorégraphique en projet muséal. De quelles manières le Musée de la danse prend-il vie? Selon quelles modalités gestes et mouvements trouvent-ils leur(s) place(s) dans l’espace d’exposition? Comment se tissent les relations entre les œuvres, et avec le public ? L’idée même de musée suppose un dispositif de monstration des œuvres qui se distingue, en bien des aspects, des conditions de représentation spectaculaire. Du théâtre au musée, de la boîte noire au white cube, du spectateur au visiteur, le changement de cadre affecte plusieurs paramètres. Cinq ans après la fermeture des portes du Musée de la danse, je souhaiterais montrer comment ce projet pionnier s’est sans cesse inventé et réinventé pendant ses dix années d’existence. Pour ce faire, je propose d’examiner les expériences qui y ont été menées – documentations performées, musées en mouvement, dancing museum, happening participatif, expositions vides, installations vivantes, corps-archive – par le prisme des enjeux de conservation, d’acquisition et d’exposition, réévalués ici, dans un lieu de création chorégraphique, au contact d’œuvres immatérielles. La possibilité de ‘rejouer’ la performance apparaît, dans l’écosystème du Musée de la danse, comme une réponse possible et particulièrement féconde au problème de la ‘survivance’ des performances. Il s’agira d’en apprécier le potentiel à travers la diversité des formes de reenactment inventées par le Musée de la danse, que ce soit dans le cadre des activités du centre chorégraphique à Rennes, ou au sein d’expositions, de collections, d’institutions muséales.

Considering the issues raised by the musealization of performance, the Dancing Museum elaborated by Boris Charmatz at the National Choreographic Center of Rennes constitutes a unique case, particularly interesting to analyze, insofar as the experience does not consist of bringing performances into a museum, but of transforming the choreographic institution into a museal project. In what ways does the Dancing Museum come to life? By what means do gestures and movements find their place(s) in the exhibition? How are the relationships between the works, and with the public, woven? The very idea of a museum implies an exhibition setup for works that differs, in many respects, from standard spectacular representation. From theater to museum, from the black box to the white cube, from spectator to visitor, the change of perspective affects several parameters. Five years after the Dancing Museum closed its doors, I would like to show how this pioneering project continually invented and reinvented itself during its ten years of existence. To do this, I propose to examine the experiments that were conducted there – performed documentations, museums in motion, dancing museum, participatory happenings, empty exhibitions, living installations, ‘the body as archive’ – through the prism of conservation, acquisition, and exhibition issues, in a place of choreographic creation, in contact with immaterial works. The possibility of redoing the performance appears, in this singular ecosystem of the Dancing Museum, as a possible and particularly fruitful response to the problem of the survival of performances. I will analize its potential through the diversity of reenactment forms invented by the Dancing Museum whether within the activities of the choreographic center in Rennes, or within exhibitions, collections, museum institutions.  

En 2008, au départ de Catherine Diverrès qui dirigeait alors le Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne (CCNRB) depuis 1993,[1] Boris Charmatz postule à sa succession avec un projet de Musée de la danse. Ce faisant, le chorégraphe renouvelle non seulement l’exercice de la lettre de candidature pour lui préférer la forme du manifeste,[2] mais il investit également sa place de directeur de manière inédite,[3] en dissociant son projet pour l’institution de sa personnalité artistique. Avec le Musée de la danse, Boris Charmatz s’engage sur des questions et des réflexions qui dépassent largement le périmètre de son propre travail pour interroger le rôle de l’institution chorégraphique dans ses missions de création et de transmission. Et c’est en mobilisant le modèle muséal qu’il entend bousculer les cadres existants et repenser les activités du Centre chorégraphique national au prisme des formats consacrés du musée (comme la visite, l’exposition ou la collection).

Considérant les questions soulevées dans le numéro de cette revue, le Musée de la danse constitue un cas de figure singulier particulièrement intéressant à analyser, dans la mesure où l’expérience ne consiste pas à faire entrer des performances dans un musée, mais à transformer l’institution chorégraphique en projet muséal. Si le Musée de la danse est d’abord une question qui s’adresse à l’art chorégraphique, les réponses qui y ont été apportées pendant ses dix années d’expérimentation méritent d’être examinées comme autant de grains à moudre qui viennent nourrir la réflexion sur les enjeux de la muséalisation de la performance. C’est ce que je propose de faire ici à l’appui de mon expérience professionnelle[4] et de mes recherches,[5] en organisant mon propos selon trois perspectives : celle de l’institution qui se trouve remise en jeu par les conventions du musée, celle des œuvres chorégraphiques qui se voient transformées en pièces de musée et celle de la danse qui rejoint les collections des biens culturels à sauvegarder.

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Cet article traite des collections de performance en musées d’arts. Il soutient l’hypothèse d’une variabilité des performances muséalisées limitant leur découvrabilité dans le contexte normé d’institutions muséales spécialisées dans l’acquisition d’objets matériels stables et uniques. L’étude menée sur les collections du Centre Pompidou, du MoMA et du Musée des beaux-arts du Canada s’attache à la terminologie employée ainsi qu’à la place accordée aux œuvres emblématiques de la performance dans les bases de données en ligne. L’analyse des trois institutions révèle l’importance de considérer trois catégories d’objets catalogués (protocoles, dérivés, documents), deux périodes de collectionnement (avant ou après les années 2000) et deux grands types de collections (œuvres et documents) afin de fournir une représentation fidèle de la place de la performance dans les collections muséales. Le musée joue un rôle crucial dans la préservation de ces œuvres, car il est le seul type d’institution qui à la fois les acquiert et en possède la documentation. À l’heure où les artistes réévaluent le statut des documents de la performance, le musée découvre dans ses propres archives un nouveau potentiel de requalification des documents comme œuvres de performance.

This article looks at performance collections in art museums. It supports the hypothesis that the variability of musealized performances hinders their discoverability in the standardized context of museum institutions specialized in the acquisition of stable and unique material objects. The study carried out on the collections of the Centre Pompidou, MoMA and the National Gallery of Canada focuses on the terminology used and the place given to emblematic works of performance art in the databases accessible online. The analysis of the three institutions reveals the importance of considering three categories of catalogued objects (protocols, derivatives, documents), two collecting periods (before or after the 2000s) and two main types of collections (works and documents) in order to provide an accurate representation of the place of performance in museum collections. The museum plays a crucial role in the preservation of these works, as it is the only type of institution that both acquires and documents them. At a time when artists are reassessing the status of performance documents, the museum is discovering in its own archives a new potential for reclassifying documents as performance works.

La performance s’impose dans les musées au début des années 2000, notamment à travers l’acquisition de protocoles conçus afin d’être activés par les départements de conservation pour la présentation des œuvres. Des initiatives de grande envergure telles que la création de départements dédiés, le développement de programmes spécifiques et des acquisitions phares menées par des institutions comme le MoMA et la Tate Modern incarnent ce tournant majeur. Il favorise l’intégration du vivant dans les collections, reflétant ainsi une nouvelle approche du collectionnement. La catégorisation matérielle des collections – traditionnellement œuvres sur papier, peintures, sculptures – est infléchie avec l’introduction de la performance, une catégorie qui se distingue davantage par son concept et sa temporalité que par sa matérialité. Les protocoles et contrats sont des matériaux permettant concrètement et juridiquement les activations, sans toutefois constituer en tant que telles les performances.

Cet accueil de la performance dans les collections muséales s’inscrit dans la continuité d’enjeux qui sont d’abord soulevés avec la muséalisation de l’installation.[1] Dans les années 1990 et 2000, l’installation d’art médiatique mobilise spécialement les équipes de conservation en raison des avancées technologiques nécessitant des changements réguliers de logiciels et d’autres composants matériels.[2] Les protocoles qui sont élaborés pour les besoins de l’installation et de l’art médiatique diffèrent de ceux qui le sont pour la performance. Ce sont des documents modèles consignant les changements apportés pour les besoins de mise en espace et l’évitement de l’obsolescence dans le respect de l’intention artistique.[3] Les protocoles de performance qui présentent davantage de correspondances avec les protocoles d’art conceptuel sont rédigés selon les besoins spécifiques des œuvres. Si les musées collectionnent dès les années 1960 des protocoles d’art conceptuel,[4] ils n’acquièrent en revanche que bien plus tard des protocoles de performances. Cette adoption différée s’explique notamment par des dynamiques distinctes dans l’historicisation des disciplines. Au filtre des mutations socioculturelles des années 1960-1970, l’étude comparée de l’art médiatique et de l’art conceptuel sert pourtant à offrir un éclairage précieux sur les transformations artistiques et culturelles de la fin du XXe siècle.[5] La performance qui est définie en tant que discipline au cours des années 1960-1970 contribue à cette réflexion,[6] l’installation, l’art médiatique, l’art conceptuel et la performance révisant communément l’importance qui est accordée à la matérialité (stabilité, originalité) des œuvres collectionnées. Leur authenticité peut être nominale et expressive, déterminée par une diversité de composantes incluant la matérialité sans s’y limiter.[7] La performance est toutefois plus variable et difficile à circonscrire que ne le sont les trois autres disciplines. Le plus grand défi qu’elle pose au musée qui la collectionne n’est pas lié à l’entretien matériel, ni à la documentation, mais au maintien du réseau des personnes et des expertises nouvelles qui sont nécessaires à son activation.[8] Sa durée et ses besoins d’exécution mal adaptés à la logique de l’exposition muséale[9] viennent limiter la fréquence des activations pourtant nécessaires à son existence.

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Dagli anni Settanta ai primi anni Duemila, la performance art è entrata nelle collezioni museali prevalentemente tramite altro da sé: fotografie, film, video, e resti di azione. Questi supplementi hanno fornito alla performance una permanenza e una materialità che sembravano mancarle, permettendo la sua commercializzazione, collezione ed esposizione. La centralità del documento per la trasmissione della performance art ha dato origine a un dibattito sulla legittimità di queste rappresentazioni e sulla loro capacità di fissare e tramandare in modo efficace una forma d’arte apparentemente legata a un’esperienza effimera e incorporata. Dall’inizio degli anni Duemila teoriche della performance come Rebecca Schneider e Diana Taylor hanno mostrato che la performance non ha bisogno di documenti per durare, ma può permanere nella sua propria “materia” attraverso una trasmissione corpo a corpo ed essere rimessa in scena. Contemporaneamente influenti musei internazionali hanno iniziato a collezionare performance live e a riflettere su modelli di conservazione dell’arte dal vivo. In questo saggio esamino una dialettica che si manifesta nella trasmissione della performance live. L’ipotesi è che non sia possibile separare nettamente tra performance e documento: la performance live può generare una dialettica tipica della documentazione e oscillare tra tensione all’autenticità, da una parte, e messa in presenza e trasformazione dell’opera, dall’altra.

From the 1970s to the early 2000s, performance art entered museum collections primarily through photographs, films, videos, and relics. These supplementary materials provided performance with a permanence and materiality it was perceived to lack, thus enabling its commodification, collection, and exhibition. The central role of documentation in the preservation of performance art sparked debate about the legitimacy of these representations and their ability to effectively record and convey an art form often understood as inherently ephemeral and embodied. Since the early 2000s, performance theorists such as Rebecca Schneider and Diana Taylor have argued that performance does not require documentation to endure. Instead, it can remain through body-to-body transmission and be reenacted. At the same time, leading international museums have begun collecting live performances and developing new models for preserving live art. This article explores a dialectic that shapes the transmission of live performance. The hypothesis is that a rigid separation between performance and documentation is neither tenable nor productive. Rather, live performance can mirror the dialectic of documentation, oscillating between the pursuit of authenticity and the ongoing transformation of the work. 

 

1. La documentazione della performance tra evidenza e rappresentazione

Tra gli anni Sessanta e Settanta il termine performance art si afferma a livello internazionale come categoria per indicare una serie di pratiche artistiche accomunate dalla loro natura effimera e dalla centralità del corpo vivo dell’artista che esegue azioni spesso in presenza di un pubblico e dà vita, insieme ad esso, a un’esperienza unica e irripetibile. Il carattere temporale e incarnato della performance assume, in un contesto generale di profonda trasformazione dell’arte, una qualità politica: la performance art tenta di sfuggire ai processi di mercificazione e mette in discussione l’idea di opera come oggetto materiale e trasportabile che può essere conservato, collezionato ed esposto. Per lungo tempo e fino ad oggi, una delle strategie principali con cui i musei affrontano questa sfida è quella di conservare e collezionare le performance d’artista attraverso qualcosa di diverso dalle performance stesse: fotografie, film, videotape, residui d’azione – oggetti che offrono alla performance art quella materialità che apparentemente le manca, rendendola compatibile con i paradigmi della conservazione dell’arte. Queste registrazioni, immagini ed artefatti vengono descritti complessivamente, e in parte impropriamente, come documentazione della performance art. Esse non sono l’opera stessa, ma segni e tracce che rimandano all’opera assente, la rappresentano e ne fanno le veci senza però poterla contenere completamente e compiutamente in sé. Tra i numerosi esempi iconici possiamo ricordare le celebri fotografie di Interior Scroll (1975) di Carolee Schneemann realizzate da Anthony McCall, I Like America and America Likes Me (1974) di Joseph Beuys filmato da Helmut Wietz, i constat d’action realizzati da Gina Pane con la fotografa Françoise Masson, le fotografie dei primi lavori di Marina Abramović o, ancora, gli Aktionsrelikte (residui d’azione) di Hermann Nitsch. 

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